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Le meuble breton - un novateur, l’ébéniste Jacques PHILIPPE

vendredi 8 mars 2013, par CG22
MOTS-CLÉS :  / patrimoine

 


La question du meuble breton se présente sous trois aspects différents.
Peut-être sied-il tout d’abord d’y mettre de la clarté :

  • L’industrie moderne nous offre le meuble de mauvais goût, vulgaire conception à l’usage des nouveaux riches non cultivés.
  • Les négociants bretons mettent en vente des meubles anciens et surtout des meubles façonnés à l’aide de panneaux anciens et demeurant à peu près fidèles à la tradition.
  • Enfin, il est de rares artistes qui tentent de rénover le meuble breton et de l’adapter aux nécessités de la vie moderne.

     

    Les gens de goût ont souvent exprimé leur réprobation du meuble trivial fabriqué en série au faubourg St-Antoine et ailleurs. Le seul moyen de nous débarrasser de toute cette prétentieuse laideur serait un procédé héroïque. Il consisterait à entreprendre l’éducation esthétique de la jeunesse de France, à tous les degrés de la société. En attendant cette réforme fondamentale, ne perdons pas de temps en vaines paroles et créons un article autre que celui que nous flétrissons.

     

    Jusqu’ici les gens cultivés se déclaraient satisfaits de trouver chez des antiquaires et des marchands, des buffets anciens, des banquettes des lits clots transformés en dressoirs, en porte-parapluies, en bibliothèques. Les artistes, les littérateurs, les amateurs éclairés étaient heureux de s’entourer de ces vestiges authentiques de la vie rustique de l’ancienne Bretagne. On aimait à lire du Brizeux, à chanter du Bourgault-Ducoudray, et du Duhamel dans un cadre emprunté aux antiques intérieurs d’Armorique. De même, les anglais meublent leurs cottages fleuris de pittoresques copies des objets paysans d’autrefois.

     

    Mais un jour, certains chercheurs bretons s’avisèrent que ces adaptations de pièces anciennes étaient une sorte d’aveu d’impuissance de l’esprit breton actuel, incapable de continuer la tradition ancienne, et réduit à l’inaction. Un art qui ne sait pas évoluer, s’adapter aux facettes nouvelles de la civilisation, aux exigences de la vie actuelle et même aux caprices de la mode est un art fini, comparable à un rameau sans sève. Or la Bretagne est en train d’accomplir une renaissance éclatante. Ses industries, son commerce, son agriculture, sont animés d’une vie inconnue jusqu’ici. Toute la province nous donne le spectacle d’un magique réveil. Certains jeunes ont pensé que l’art ne devait pas rester figé dans la contemplation du passé tandis que toutes les forces de la province étaient en action. Ils ont réfléchi, ils ont cherché et ils ont trouvé. M. Jacques PHILIPPE, le sculpteur de Guingamp, est un de ceux-là. Il s’est affranchi courageusement de l’ensemble du décor traditionnel. Il a adopté, pour le dessin général du meuble, certaines idées qui appartiennent à l’art moderne, mais il nous offre un décor qui est, pour nos yeux, une séduisant nouveauté, parce qu’il est tellement vieux que nous l’ignorions totalement.

     

    M. PHILIPPE a étudié l’art celtique primitif. Il a constaté que le caractère distinctif de celui-ci était d’être essentiellement linéaire. Non seulement il abonde en variations sur le tracé géométrique, mais des lignes courbes y décrivent des arabesques aussi variées que celles de l’art oriental. Les ornements celtiques ne reproduisent jamais d’êtres vivants. « Ce n’est vraiment qu’à dater de l’âge de fer, dit M. James Bouillé, que l’art celtique breton, s’enrichissant de motifs de feuillages stylisés, s’élève à la hauteur de l’art national. Pendant la période chrétienne, il atteignit son apogée sous l’influence raffinée des moines, puis se laissant absorber progressivement, s’éteignit dans l’art roman ».

     

    M. PHILIPPE a su très ingénieusement allier le goût moderne à l’idée celtique. Car il ne s’agit pas de créer des meubles à demi barbares copiant les antiquités irlandaises et galloises. Pour qu’un art vive, il faut qu’il fasse vivre l’artiste, et l’artisan qui l’engendrent, c’est-à-dire qui si vous produisez des objets étranges, déconcertants,, qui ne trouvent aucun acheteur, vous allez vers un échec fatal. le client, l’indispensable client demande un meuble qui soit d’une utilisation facile et qui soit une nouveauté étudiée, décelant une idée solide. Il achétera le meuble breton si on veut bien y admettre des motifs postérieurs à la ligne, des feuillages, des fleurs, des oiseaux stylisés. L’artiste devra se préoccuper constamment des usages pratiques auwquels sont destinésses objets divers, et il dessinera des pièces qui n’auraient eu aucune raison d’être dans ses âges passés : sièges confortables, miroirs, lustres et appliques électriques, etc ...
    Dans les intérieurs modernes, aux espaces restreints, on ne peut admettre que des meubles utilisables et de dimensions plutôt réduites. Il ya tout un avenir pour un mobilier breton modernisé. M. PHILIPPE l’a compris. Son succès encouragera d’autres artistes à s’avancer dans la même voie.

     

    Les bretons ne devraient pas s’en tenir au mobilier. Deux branches sont à développer encore : le tissu d’art, vraiment breton, imitant les lourds tabliés rayés de la région de Quimper, et pouvant servir à l’ameublement, et enfin la poterie. Les essais récents de vases, plats, etc ... ne furent pas toujours heureux, parce qu’ils s’affranchissaient trop de la tradition. Que les céramistes bretons étudient de près les productions de goût rustique des manufactures de Hollande, de Gouda entre autres, et ils comprendront ce que doit être un objet inspiré par la tradition locale et où préside l’esprit de simplicité paysanne.

     

    Gaston SEVRETTE
    Revue « La BRETAGNE TOURISTIQUE » N° 28 (1924)


    Plusieurs oeuvres de Jacques PHILIPPE sont visibles au musée départemental Breton de Quimper (Finistère).
    Il a réalisé plusieurs oeuvres pour le séminaire de St-Brieuc, dont le trône épiscopal.

     

    Banc de Jacques Philippe (d'avant 1924) (Photo Delattre) ©Crédit La Bretagne Touristique N° 28 de 1924
    Bahut de Jacques PHILIPPE (avant 1924) Photo Delattre ©Crédit La Bretagne Touristique N° 28 de 1924
    Buffet de Jacques PHILIPPE, propriété du musée breton de Quimper ©Photo Musée de Quimper
    Chaise signée Jacques PHILIPPE
    Détail de motif sur meuble signé Jacques PHILIPPE
    Meuble à vitrine signé Jacques PHILIPPE
    Signature de Jacques PHILIPPE
    meuble signé Jacques PHILIPPE

Voir en ligne : Musée Départemental Breton de QUIMPER (29)





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